Ce moment-là : se faire mener en bateau à Delhi

Par: Ross Doyle

L’office du tourisme international de New Delhi se trouvait dans une ruelle dilapidée. À l’intérieur d’une pièce tout au fond d’un couloir étroit, un monsieur en habit attendait mon arrivée derrière un bureau. La chevelure d’un noir d’encre grisaillant par endroits, un sourire chapeauté d’une moustache ébène finement taillée, il avait l’allure d’un professionnel. « Asseyez-vous, ne craignez rien, a dit l’homme. Prendriez-vous un masala chaï? Ne vous inquiétez pas, le thé est gratuit. »

Plus tôt ce jour-là, j’arrivais dans la capitale densément peuplée de l’Inde au milieu de l’après-midi. La chaleur et l’humidité rendaient l’air suffocant. Le long trajet depuis Toronto m’avait épuisé, mais j’étais excité d’être arrivé. Ça faisait des années que je rêvais de ce voyage.

Avec mon allure indubitable de touriste, mon sac à dos orné des drapeaux de l’Écosse et du Canada – l’un mon pays de naissance et l’autre, mon lieu de résidence –, j’étais une occasion d’affaires ambulante pour les nombreux chauffeurs de taxi qui m’entouraient. J’ai choisi de marcher.
Pour me rendre à mon hôtel, niché dans Paharganj, un quartier prisé des voyageurs, je devais traverser une voie ferrée. Une passerelle permettait de l’enjamber, mais à l’entrée de l’escalier, gardé par la police, il y avait un contrôle de sécurité.

« Puis-je voir votre passeport? », m’a demandé un homme en chemise et cravate en train de lire un journal debout à côté d’un détecteur à balayage corporel de qualité douteuse. J’ai obéi naïvement. « Pardon, Monsieur, mais vous devez obtenir un tampon spécial pour circuler ici. C’est la Holi. » La célébration de la fête hindoue appelée « festival des couleurs » allait débuter le lendemain, attirant des milliers de visiteurs dans la ville. Le temps de le dire, je me suis fait rediriger vers un autre homme en chemise.

Ce moment-là : se faire mener en bateau à Delhi

J’avais lu des articles sur les attrape-touristes autour de ce bureau. Malgré tout, un insigne, un veston-cravate, ou encore tout autre uniforme signe d’autorité, et voilà que je me pliais aux consignes.

Deux types m’ont accompagné jusqu’à un rickshaw, ou touk-touk, devant m’amener au « seul office du tourisme international de Delhi » pour que j’obtienne le timbre d’entrée pour Paharganj. Après une espèce de grande boucle, la nervosité a pris le dessus… Moi : « Où allons-nous? » Réponse du chauffeur : rien, sauf un petit rire. Finalement, la voiturette motorisée à trois roues m’a déposé à l’office.

Lorsque j’ai poliment refusé le thé gratuit, le grand moustachu s’est mis à fouiner parmi des dossiers dans une filière derrière sa chaise. Il a pianoté sur son clavier d’ordinateur pendant quelques minutes… « Je suis navré. Nous ne pouvons pas vous accorder l’accès à Paharganj et tous les hôtels des alentours sont fermés pour quatre jours. » Il a téléphoné à mon hôtel pour « vérifier » et m’a passé le combiné pour que j’écoute. Ça sentait la mise en scène.

« Je peux vous aider à trouver un autre hôtel, mais ce ne sera pas donné. » Il m’a offert de faire de nouvelles réservations pour toute la durée de mon séjour, me proposant un arrêt à Agra pour visiter le Taj Mahal, puis un autre à Jaipur, au Rajasthan. « Le tout pour un prix très abordable », s’est-il exclamé gaiement.

Je me suis tu un moment pour reprendre mes esprits et analyser la situation. Je me suis levé et j’ai commencé à m’éloigner. « Si vous partez maintenant, vous ne trouverez nulle part où rester. Nous fermons dans 20 minutes. » Courage!, je me suis dit. C’est le temps de faire confiance à ton instinct.

Après avoir consulté les innombrables cartes que j’avais imprimées dans mes minutieux préparatifs de voyage, j’ai trouvé mon chemin à pied jusqu’à l’hôtel, savourant les trente dernières minutes de lumière. Je n’étais pas tellement loin en fin de compte. Pas de barrières, pas d’autres contrôles policiers. J’avais évité la passerelle et, à l’hôtel, ma chambre m’attendait comme prévu.

En route, j’ai vu plusieurs autres offices de tourisme international… Delhi venait de m’apprendre une précieuse leçon.

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